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  • : Ne jamais dire que tout est fatalité...Même lorsqu'on croit que tout est fini, notre chemin est toujours parcouru par un plus grand que soi !Je préfère la réalité à la vérité toute faite des autres qui ne s'exprime que dans les discours... mais, je ne cesse point la recherche de ma vérité, cette quête du sens qui permet de trouver la voie de son bonheur, la lumière. (les articles syndicaux ou de politique syndicale sont au titre du syndicat Autonome à la RATP)
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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 20:00

nquête le 12/09/2011 par Sébastien Rochat

Le mystère de la statuette érotique du "Roi" de la RATP

Preuve par l'image, ou mise en scène ?

Grand déballage à la RATP. Depuis fin août, la régie autonome des transports parisiens fait face à un scandale sexuel. Dans une lettre anonyme envoyée fin juin au PDG, Pierre Mongin, et à Sud-RATP, l'ancien secrétaire général de l'UNSA-Commercial à la Régie, surnommé "le Roi" par la lettre anonyme, est accusé de chantage sexuel. Pour obtenir le soutien du syndicaliste auprès de la direction afin d'obtenir un avancement, des femmes auraient été contraintes à des faveurs sexuelles.

La presse et les JT ont largement relayé cette lettre anonyme, dans une affaire où les témoignages directs sont rares. A l'appui des accusations, certains font état d'une photo choc, censée illustrer le penchant du mis en cause pour le sexe : sur son bureau, se trouvait une statuette érotique montrant une femme en position de levrette. La photo écorne l'image de l'ex-syndicaliste qui, dans une interview (unique) accordée au Parisien, se présente comme un homme marié ayant reçu une "éducation stricte en Bretagne". Mais cette statuette se trouvait-elle vraiment sur son bureau ? Tentative d'enquête.

Est-ce ce surnom, "le Roi", qui a fait mouche ? Révélée par Lepoint.fr le 24 août, l'existence d'une affaire de scandale sexuel à la RATP, suite à la réception d'une lettre anonyme par des syndicats et la direction de la RATP, a été largement reprise dans la presse (notamment par l'AFP, LeJDD.fr, Libération, Le Figaro ou encore France-Soir) et dans les JT (France 3 Ile-de-France, M6, BFM TV entre autres). Selon cette lettre anonyme, un ancien responsable syndical, surnommé donc « Le Roi », serait intervenu pour favoriser l'avancement de certaines employées en échange de faveurs sexuelles. Il aurait également proposé à un syndicaliste les services des prostituées et des "soirées" auraient été organisées au sein des locaux.

Quand la direction de la RATP a reçu la lettre fin juin, une enquête interne a été diligentée, qui n'aurait rien démontré selon Libération. Par ailleurs, aucun des premiers articles ne cite de témoignage direct de victime : les reportages de M6 et France 3 donnent bien la parole à une victime, anonyme, mais son témoignage reste flou sur la nature des "avances" qui lui auraient été faites.

En dépit de la difficulté apparente à établir les faits, la direction saisit tout de même la justice en transmettant le courrier anonyme au parquet, ainsi que les éléments recueillis lors de son enquête interne. Dans le même temps, Sud-RATP, co-destinataire de la lettre, a déposé plainte contre X "en particulier pour proxénétisme, trafic d'influence, harcèlement moral et sexuel". "Mais cette plainte, avec constitution de partie civile, envoyée au doyen des juges d'instruction Roger Le loire, a été jugée irrecevable car aucune plainte simple n'avait été préalablement déposée au parquet comme l'exige la procédure. Cela a finalement été chose faite en fin de semaine dernière", précise une dépêche AFP du 31 août. Une enquête préliminaire a donc été ouverte par le parquet, et la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) a été saisie. Entre-temps, une autre plainte a été déposée contre X de la part de l'UNSA-RATP pour le compte d'une employée. Cette plainte dite "en action de substitution" (le syndicat se substitue à la victime) est déposée pour harcèlement moral. Pourquoi ? "Les faits de harcèlement sexuel sont prescrits après trois ans" explique son avocat, Me Olivier Villevieille.

Face à cette déferlante médiatique, l'ancien responsable syndical est sorti de l'ombre lundi 5 septembre en accordant une interview au Parisien, et révélant au passage son nom : Gwenaël Eslan. "Tout ce qui est dit dans cette lettre est faux, a-t-il déclaré. Je respecte les femmes. Je suis marié". Selon Eslan, ces accusations sans fondement seraient liées à un règlement de compte au sein de son ancien syndicat, l'UNSA. On chercherait à l'évincer du comité d’hygiène, de sécurité, et des conditions de travail (CHSCT). Histoire de restaurer une image très écornée dans la presse, cet ancien syndicaliste a tenu à préciser au Parisien que son père était "commissaire de police" et qu'il avait reçu "une éducation stricte en Bretagne", sous-entendu très éloignée des faits reprochés.

Où Le Point et Le Nouvel Observateur découvrent une statuette érotique

Mais jeudi 8 septembre, deux articles ont mis à mal l'image de l'homme marié à l'éducation stricte. Une femme témoigne dans Le Nouvel Observateur et Le Point des brimades dont elle dit avoir été victime après avoir refusé les avances du "Roi". Cette fois, son témoignage est plus clair que celui des premiers reportages télé. "Il se collait à moi, il était pressant, il me faisait des remarques sur mon derrière. Des trucs salaces du genre "Ah, on doit être bien au chaud à l'intérieur" raconte-t-elle à L'Obs.

L'hebdomadaire fait également le récit d'un pot de départ qui aurait "tourné à la débauche" en 2003 et pour lequel "le Roi" "aurait écopé d'une simple mise à pied d'un jour avec sursis, sans convocation au conseil de discipline".

Et pour donner corps à toute cette affaire, L'Obs remarque un détail qui tue : une petite statuette. L'hebdomadaire décrit ainsi son bureau "vide depuis plusieurs mois" et "resté en l'état" depuis son départ : "sur la table, une Betty Boop et une statue érotique : une femme à quatre pattes en position de levrette. Un mini-bar avec vodka, gin et whisky. Et, collée au mur, une affiche représentant un billet de 100 dollars avec la tête d'Al Pacino, dans le rôle mythique de Tony Montana, le dealer devenu empereur de la drogue dans Scarface". Si l'hebdomadaire se contente de décrire le bureau, Le Point publie une photo éloquente de la fameuse statuette érotique.

Promotion canapé, la preuve par l'image picto

Au-delà du fait que cette photo ne prouve rien, les conditions de sa réalisation sont incertaines.

Une statuette à la Une

Selon le secrétaire général adjoint Frédéric Sarrassat, interrogé par Reuters, "le syndicaliste mis en cause a été évincé de l'Unsa RATP en janvier dernier mais pour des raisons «purement syndicales»". Comment se fait-il que son bureau soit resté intact alors qu'il a été exclu du syndicat depuis sept mois ?


un bureau inutilisé depuis sept mois

Contacté par @si, le journaliste de Sipa qui a pris le cliché, Pascal Cotelle, refuse d'indiquer la date et les circonstances dans lesquelles il a eu accès au bureau. Détails qu'il livre pourtant... sur son blog. Suite à la publication de l'article du Point.fr révélant l'affaire, il s'est rendu dans les locaux du syndicat : "Je suis reçu par "Reda Benrebia", le porte-parole du syndicat, qui me fait visiter les bureaux, écrit-il. Il me montre le bureau du mis en cause, ainsi que les lieux où se sont déroulés les orgies sexuelles. Ceux ci ressemblent plus à une boite de partouze avec son mur tapissé de miroirs et sa colonne recouverte de paillettes. Dans le bureau du cadre, il y a une affiche représentant un billet avec au centre une photo "al Pacino" dans le film Scarface, il y a aussi des affiches représentant des femmes nues. Derrière le bureau il y a un petit bar où trônent des bouteilles d'alcool à moitié vides. Sur le bureau une femme nue en bronze se tient à quatre pattes". Autant dire que la description de la pièce parlerait d'elle même...

S’agit-il vraiment du bureau du syndicaliste, tel qu’il l’aurait laissé après son départ en janvier ? Pour comprendre pourquoi le bureau n'aurait pas été occupé depuis, il faut revenir aux circonstances de son départ. Le 4 janvier 2011, son syndicat UNSA-Commercial est désaffilié de l'UNSA pour des raisons qui n'auraient rien à voir avec cette affaire. Une grande partie des syndiqués d'UNSA-Commercial ont rejoint UNSA-Ratp, une autre a décidé de poursuivre l'action syndicale sous le nom de "Syndicat Autonome Traction" (SAT) en conservant les locaux de l'UNSA-Commercial, 19 boulevard de Sébastopol à Paris. C'est dans ces locaux que se trouve le fameux bureau du syndicaliste accusé. Joint par @si, Doan Bui, la journaliste du Nouvel Observateur qui décrit le bureau dans son article, explique pourquoi le bureau était vide : "Aujourd'hui, le SAT (ex-Unsa Commercial) est une sorte de coquille vide. Cette branche de syndicats est en train de mourir. Ils continuent à venir mais ils ne sont plus que trois ou quatre et je ne sais même pas s'ils sont permanents", explique-t-elle. Ils n'avaient donc pas besoin d'utiliser le bureau du syndicaliste accusé.

 

Ses "principaux ennemis" font visiter son ancien bureau a la presse

Pourquoi les anciens collègues d'Eslan ont-ils accepté d'ouvrir le bureau pour la journaliste du Nouvel Obs ? Ce sont "ses principaux ennemis", reconnaît-elle. "Ils sont hyper remontés contre lui. Dans cette histoire, c'est un peu parole contre parole mais il y a clairement des règlements de compte et ils essayent d'alimenter le dossier contre lui". Dans ces conditions, comment être certain que la statuette érotique et les autres éléments compromettants n'aient pas été rajoutés par la suite ? "Je ne sais pas s'ils ont mis en scène le bureau", explique-t-elle. Je n'aurais peut-être pas insisté sur la statuette si je n'avais pas discuté avec des victimes qui avaient pas mal insisté sur des histoires de position". L'image, en somme, résumerait bien l'affaire selon elle : "Quand on connaît l'histoire, cette photo est plus signifiante".

"Quand on voit le bureau, on a l'histoire en sous-titre. Selon des plaignantes, beaucoup de choses se seraient passées dans ce bureau et dans celui situé juste à côté. Ce qui peut paraître anodin ne l'est pas, mais peut-être qu'on surinterprète", explique-t-elle. Elle ne se souvient pas si les victimes supposées lui ont parlé de cette statuette érotique.

Une chose est sûre : il y a eu des passages dans la pièce depuis que l’affaire a éclaté. Des visites guidées ont été organisées pour les journalistes : BFM TV, France 3 Ile-de-France et M6 ont notamment filmé l'ancien bureau.

picto Petite visite guidée de son ancien bureau par un de ses anciens collègues

 

Et tous les preneurs d'images ont choisi de montrer la statuette en question, même si les angles varient.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Petit jeu des 7 erreurs. Le grand prix du cadrage est attribué à la photo de SIPA, en haut à droite

 

Y a-t-il eu mise en scène ? Dans le plus noir des scénarios, la statuette a-t-elle été placée sur son bureau pour nuire au "Roi" ? Joint par @si, Mourad Ghazli, l'un des syndiqués du SAT qui organise des visites pour les journalistes, assure que le bureau n'a pas bougé et n’a été utilisé par personne d’autre.

Et cet ennemi d’Eslan de livrer sa version : le dernier jour où Eslan est venu dans les locaux, en février, il y a eu une altercation. "Il a claqué la porte", explique-t-il et à la suite de cela, les serrures auraient été changées. Voilà pourquoi il n'aurait pas emporté toutes ses affaires.

Quoi qu'il en soit cette image est très accusatrice pour Eslan. Et un autre choix était possible: Le Monde, dans un article du 22 septembre, a choisi de publier un cliché du photographe de Sipa où la statuette érotique...

n'apparaît pas picto

 


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Reste une dernière question : la statuette appartient-elle réellement au syndicaliste accusé, Gwenaël Eslan ?


A qui appartient la statuette ?

Selon son avocat, Me Richard Forget, qui a soumis notre question à son client, ce dernier "a quitté le bureau début février. Il a emporté l'intégralité de ses affaires personnelles. Aucune statuette ne lui appartient" (pas davantage que les bouteilles d'alcool; selon son avocat, Eslan aurait cessé de boire depuis plusieurs années). Alors d'où peut provenir la statuette ? "Elle était sur un autre bureau" assure Eslan.

Mais lequel ? Selon nos informations, Eslan partageait son bureau avec son adjoint, Arole Lamasse, passé à l'UNSA-RATP depuis. Ce dernier, qui a travaillé près de six ans avec Eslan, dément évidemment être propriétaire de la statuette: il assure en tout cas que l'objet d'art n'a jamais été sur son propre bureau, situé dans la même pièce, juste en face de celui d'Eslan. Et il livre une version toute en nuances : "La statuette était sur son bureau, mais n'était pas forcément à lui, il n'y était pas attaché sinon il l'aurait emportée. En fait, elle était au syndicat. Ca lui a été offert il y a moins d'un an, le poster de Scarface aussi. La statuette noire a été posée un temps sur son bureau, puis il l'a mise sur l'armoire. Quand j'ai quitté le bureau, elle était sur l'armoire".

Quelle que soit la place d'origine de cette statuette, Eslan a perdu la bataille de l’image, de l’aveu même de son ancien collègue. "Quand j'ai vu les images du bureau, je me suis dit, c'est vachement sexe ! Ca donne cette impression dans ce contexte particulier mais il n'y a jamais eu de sexe dans ce bureau. Dans un autre contexte, on aurait dit que la statuette était bien faite". Sur le plan judiciaire, l’enquête préliminaire menée par la Brigade de répression de la délinquance contre les personnes se poursuit. Et un autre agent pourrait porter plainte contre lui cette semaine. Selon nos informations, ce serait pour des faits de discrimination et de harcèlement moral.

Rumeur d'entreprise, sur fond de rivalité syndicale empoisonnée, ou véritable affaire étouffée par la complicité ou la complaisance de cadres de l'entreprise ? L'enquête judiciaire l'établira peut-être.

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Published by aroloblog - dans société
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commentaires

Cotelle 21/06/2014 10:12

je trouve scandaleux votre titre.Je n'ai jamais menti,traiter les autres de menteurs c'est facile quand on fait du "journalisme" au téléphone.On m'a téléphoné pour me poser des questions,je ne réponds pas aux journalistes qui ne font même pas l'effort de se déplacer pour rencontrer un témoin.Ce monsieur se serait déplacé je lui aurais répondu sans problème.moi pour faire mon métier je me déplace,je prends des risques,je ramène des photos pour témoigner.Et ce pseudo journaliste qui me traite de menteur,qu'est ce qu'il fait?Il reste assis confortablement derrière son bureau afin de traiter les gens de menteur.Si ce "monsieur" veut me rencontrer pour me traiter de "menteur" qu'il fasse ce qu'il sait si bien faire et qu'il me téléphone et nous nous rencontrons.Mais je pense que ce "Monsieur" en est incapable.Pascal Cotelle

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